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Les marcheurs célèbres : Sarita Ramillo.

17 novembre T 97321 novembre T 973

Sarita Ramillo a reçu en avril 972 la visite d'un revenant, Dominique Nerteuil.
Il lui a raconté sa rencontre avec son père Carlos Ramillo, sur Thêta, en juillet T 964. Il avait une lettre dans laquelle Ramillo demandait à sa fille de récupérer à la consigne sa chaîne et sa croix de baptême pour la porter au sanctuaire de la vierge de Guadalupe, en expiation de ses pêchés sur Solis.
Or, Carlos Ramillo était déclaré mort légalement depuis le 31 janvier 970, soit dix ans et le mois révolu après son départ sur Solis. A l'époque, Sarita, qui pensait avoir été abandonnée par un père peu présent, instable et perturbé, n'avait pas réclamé le contenu de son casier de consigne.
L'appel au sentiment religieux de la jeune femme changea son point de vue, mais il était trop tard, car la croix avait été vendue trois mois plus tôt. Sarita a donc engagé un procès contre la Force Navale, demandant la restitution.
Elle obtint gain de cause sur ce point, mais poursuivit la procédure pour éviter qu'un tel événement ne se reproduise. Un amendement a donc été ajouté en mai 974 à la charte de la Force Navale, instituant la période de dix ans supplémentaires.

Un sacrifice inutile et poignant.

Entre temps, Sarita avait voulu faire le voyage jusqu'à Solis pour prendre elle-même la croix. Sur place, elle s'est mis en tête de réparer les fautes inconnues de son père et elle a "pris le vert" en novembre T 973.
Singh Samangarananapoulé, un revenant en provenance du relais Lecler de Bêta-est, a rapporté son jeton en juin 974. En prospectant le désert des Dômes à la recherche de balises, il a trouvé le cadavre momifié de Sarita. Sa balise était bien rangée dans son sac, à portée de main. Singh Samangarananapoulé l'a laissée en place, il a juste pris le papier qu'elle tenait à la main et son jeton.
Il dit avoir été effrayé par l'expression de la face momifiée, dans laquelle il voyait alternativement une belle jeune fille sereine et une affreuse vieille femme en colère.
Devenu plus tard un peintre de renom sous le nom de Singh Sa, il est resté hanté par cette vision jusqu'à la fin de ses jours, on peut même dire jusqu'à la dernière seconde de sa vie.

La dernière prière de Sarita.

La note écrite par Sarita, presque effacée par le soleil, indiquait qu'elle n'avait survécu dans ce désert terrible que treize jours, victime du manque d'eau et de graves brûlures oculaires, mais avant tout, victime de l'illusion solienne.
Voici le texte de la note de Sarita Ramillo :
«Treizième jour. Quel est le dieu de ce monde ? Santa Virgen de Guadalupe, je t'implore de sauver mon âme, de me pardonner l'orgueil d'avoir voulu racheter les fautes de mon père.
Mes forces m'abandonnent.
Je n'ai plus d'eau depuis neuf jours et je ne vois plus que quelques minutes quand des larmes me viennent aux yeux.»

Les derniers mots sont écrits à l'aveuglette, et même par-dessus le texte précédent pour la dernière prière.
«C'est le dernier jour.
Santa Virgen de Guadalupe, prends [pitié de mon âme]»