Page de garde Solis, un monde à part...


 Un essai du "Manus"
 Le dock flottant
Friedrischafen.
Jak Monnier et Gerd Lennardt ont choisi le site de Friedrischafen dans le but de construire des dirigeables de grande taille. Proche de l'équateur, abrité des vents d'ouest par la grande cordillère, son atout principal reste le grand lac, qui fournit une zone d'essai étendue et dégagée, stabilisé par la présence de l'eau, et donc propice aux essais de machines volantes. L'eau est aussi plus accueillante en cas de crash.
Le premier atelier est monté par les deux hommes, c'est une simple scierie actionnée par un moulin à eau, dans laquelle ils habitent. Une tour d'amarrage permet aux petits dirigeables d'accoster facilement.
De nouveaux compagnons arrivent, des soliens de plus en plus nombreux s'intéressent au groupe. L'atelier va évoluer au cours du temps, passant de scierie à laboratoire d'études.
Lennardt s'attaque à la réalisation des projets conçus par Monnier. Les soliens apportent leur contribution avec bonne volonté, et leur niveau technique permet une rapide progression de tous les travaux envisagés.
Trois projets sont menés de front. Tout d'abord celui d'un dirigeable de grande taille, à armature métallique, puis la construction d'un immense dock flottant, à partir duquel ce dirigeable effectuera ses essais au-dessus du lac et ensuite la préfabrication de quarante tours-cabanes équipées d'une éolienne alimentant un signal lumineux.
Installées un peu partout sur Solis, ces cabanes serviront à faciliter le regroupement des marcheurs.
Le dirigeable est bientôt achevé. Il mesure cent mètres, est capable d'emmener autour du monde 4 tonnes de charge utile avec un équipage de deux hommes, à la vitesse moyenne de 100 km/h. En plus des deux membres d'équipage, sa cabine peut accueillir 16 passagers dans les meilleures conditions de confort. La cargaison est arrimée sur un plateau porteur suspendu par des câbles et qui peut descendre de trente mètres.
Il est nommé "Manus" en l'honneur du premier marcheur Manus Lecler, et désigné "LZ-1" en l'honneur des dirigeables de la Terre antique 1.
Le premier gros travail de Jak Monnier est d'utiliser le Manus pour installer une quarantaine de relais préfabriqués à partir desquels les marcheurs pourront se regrouper.
Il faut environ deux mois au Manus pour faire le trajet reliant tous les relais.
Pendant ce temps, Lennardt poursuit la construction de trois autres dirigeables, plus petits mais plus rapides, qui feront le tour des relais, assurant à eux tous un passage toutes les trois semaines.
Gerd Lennardt reste quelque peu à l'écart du groupe humain et se consacre à l'atelier. Il réunit autour de lui beaucoup de Soliens, qu'il forme et dont il apprend beaucoup sur Solis et les mystérieux rêves communs, les matériaux et les ressources naturelles.
Après la mort de Monnier et le départ de Lennardt, les survivants du groupe se disperseront presque tous. L'atelier restera cependant actif, les Soliens se serviront des installations pour continuer la construction des dirigeables. Il existe maintenant plusieurs escadres de ces dirigeables, qui sont en fait des villages soliens nomades. Friedrischafen reste leur lieu de retrouvailles, et aussi une des villes soliennes les plus actives.
De nombreux marcheurs y font escale, et forment la plus importante communauté humaine de Solis. Le rêve de Jak Monnier est devenu une réalité.

1. LZ signifie "Luftschiff Zeppelin" dans une ancienne langue tribale de Té-ra soit "vaisseau aérien Zeppelin". Zeppelin est le nom du pionnier de la conquête de l'air installé à Friedrischafen, au bord du lac de Constance ou Bodensee, sur le continent Europe.